En février un appel soudain de mon frère pour me dire que mon père est à l'hôpital, qu'on l'opérera peut-être, qu'il a un anévrisme. En quelques minutes nous partions mon frère et moi pour le voir. En arrivant dans sa ville on apprenait qu'on allait le laisser sortir de l'hôpital. Il avait refusé l'opération mais dans le fond même le médecin a réalisé que vu son âge cela était peu pertinent. Je suis revenue chez moi le soir même. Je voulais le laisser se reposer après une nuit sans dormir aux soins intensifs. Je suis revenue chez moi et pendant trois jours j'ai cherché de l'information en ligne. J'ai eu du mal à trouver vraiment. Je me rappelais la conversation au téléphone avec son médecin avant de sortir de l'hôpital. Son médecin que j'ai trouvé nono m'a déclaré après que je lui ai demandé s'il y avait des contres-indications '' à son âge je ne vais rien lui interdire '' ! Ah bon on suggère des éléments pouvant aider à ne pas faire rupturer l'anévrisme à des gens plus jeunes ! C'est cela !?

Cela fera 4 ans le mois prochain que mon père n'était plus dans sa maison où il faisait tout, absolument tout lui même. Il a toujours eu l'air 10 ans plus jeune. Il était en forme et en pleine possession de ces facultés sauf la vue qu'il perdait doucement en raison d'une dégénérescence maculaire.  Depuis 2007 il avait quitté sa maison, perdu plusieurs frères et soeurs décédés, il perdait de la vision et faisait donc un suivi en ce sens, il avait dû arrêter de conduire et vendre son auto. Je trouvais que c'était beaucoup. J'espérais qu'il puisse profiter doucement de la Vie en faisant des activités qu'il aimait dans la résidence où il demeurait.

J'avais passé trois jours à lire et à pleurer devant l'ordi, tentant de trouver des réponses. La pensée qu'à chaque minute son anévrisme pourrait se rompre et que la mort viendrait pratiquement instantanément était insoutenable. Dès le lendemain de mon retour chez moi et les jours suivants j'ai téléphoné. J'ai parlé avec ma mère et avec lui. Je lui ai mentionné de faire attention aux efforts. De continuer à monter les escaliers comme il le faisait au long des divers étages et couloirs mais de demander à son médecin de famille de combien réduire cet exercice. J'avais lu en ligne qu'une personne d'environ son âge avait vécu 7-8 ans ainsi. Aussi son anévrisme n'avait pas encore la taille opérable et surtout il était chronique depuis bien 2 ans. Ce que le médecin m'avait dit en regardant les divers tests qu'il avait subis les dernières années.

J'avais été rassurée de lire tout cela. Puis un jour ma mère me parle qu'il a son Coeur qui fait des siennes. Il va voir l'infirmière quelques fois. Je suis inquiète. Ma mère me dit ''voyons il n'est pas si malade que cela'' ! Il est suivi depuis un certain temps et a des médicaments pour son Coeur. Je réfléchis et me dis au pire il partira en ambulance. La dernière fois à l'hôpital il se sentait très bien et son Coeur était bien.

Puis samedi 4 juin un peu avant 9h le téléphone sonne. Je suis à m'essuyer au sortir de la douche. J'entends mon frère qui me dit de le rappeler. Je mets la serviette autour de la taille, les cheveux dégoulinants j'appelle mon frère lui disant que cela m'inquiète toujours et que je l'ai rappelé tout de suite. Il me dit '' ben oui c'est la mauvaise nouvelle qu'on attendait''. Ah non !

Je devais rendre visite à mes parents le 6 juin pour quelques jours. J'avais prévu une caméra pour le filmer et lui poser des questions sur sa vie et son enfance. Je me disais si jamais il arrive quelque chose j'aurai ces images à regarder pour me consoler un peu. Dès la nouvelle j'ai fait des choses et cela jusqu'à aujourd'hui. Les funérailles ont eu lieu. Tout était très beau. Ma mère, mon frère et moi étions sous le choc. Mon frère et moi avons été bien occupés aux divers préparatifs. J'ai peu pleuré jusqu'à présent, trop de choses à faire et considérer. Cet après-midi je vais tenter de réaliser. Déjà je suis encore occupée, on a pas laissé ma mère seule et je vais demeurer avec elle quelques temps en juillet. Avant on sépare les semaines pour être avec elle.

Non je ne réalise pas, ni accepte que je ne pourrai jamais plus parler avec mon père et le voir. J'aimais beaucoup parler avec lui au téléphone où on pouvait entre rationnels avoir des conversations plus profondes. Sûrement que je reçois de l'aide d'en haut où tant de gens que j'aime y sont déjà et aussi de tous mes amis qui ont pensé à moi. Maintenant je vais prendre le temps de vivre tout cela. Franchement j'ai une impression de vol. Je trouve cela injuste mais je suis devenue suffisamment zen pour l'accepter car je ne peux rien changer. Bien sûr je perds un peu de zen car je trouve que c'est un sale coup de la Vie. L'ironie mon frère tout comme moi pensait aussi aller le voir la même semaine sans qu'on en ait parlé. Lui voulait profiter un peu du beau temps la semaine avant et moi je tentais de guérir un mollet blessé en avril. Les deux nous avions décidé de retarder d'une semaine sans se parler.

Mais dès la nouvelle tombée dans les heures qui ont suivi j'ai compris encore plus intensément ce concept formidable qui devrait orienter nos vies.

Vivre le moment présent !
Être dans le moment présent !

Faire ce que l'on pense faire dans le moment présent !
Ne pas reporter ! Non !
Vivre maintenant et agir maintenant !

Je t'aime mon beau papa à moi !
Je vis exactement ce que je redoutais. J'ai été dérangée de ma route par plusieurs choses.

Sois avec nous papa pour nous aider dans notre vie. Nous t'aimons. Je t'aime !